• Atelier 13, sujet 5 : Mala la Belge

    Sujet n+ 5 : Ecrivez au moins dix lignes à la suite de cette phrase : " J'avance, seul face à l'inconnu, sans peur, mais plein de remords."

     

    Mala la Belge (hommage)

     

    Potence mobile utilisée à BirkenauJ'avance, seule face à l'inconnu, sans peur, mais pleine de remords. Je la vois qui se dresse devant moi, squelettique, noire et sèche comme la mort, silhouette familière du totem de la terreur que j'ai combattue.

    J'avance aussi droite que les coups reçus me le permettent car la douleur a envahi chaque cellule de mon corps. Ce chien de Ruiters marche à mes côtés, prêt à me réconforter à coups de schlague si je viens à flancher mais je ne leur ferai pas le plaisir de faiblir devant une mort qu'ils ont vou-lue infamante pour la Juive qui leur a tenu tête en s'évadant de l'enfer de Birkenau !
    Chaque jour au block 11 ils ont défilé pour voir si leurs tortures m'avaient enfin tuée mais mon corps a lutté.

    Me voici à présent, seule, avançant dans l'allée du block 4  Peut-être suis-je en train de fouler les cendres de ma famille, dispersées quelques jours après notre arrivée.

    Atelier 13, sujet 9 : Mala la BelgeJe vois les faces viles et monstrueuses des gardes et des Aufseherinen, cette folle de Maria Mandl, la cheffe du camp, La Bête, comme nous l'appelons dans le secret des blocks. Regardez-les trembler devant une femme seule ! Moi, la Juive, la Unter-mensch, le matricule 19880, moi, Mala Zimetbaum, je fais trembler les chiens d'Himmler !

    Seule ? Non car vous êtes là mes compagnes de misère, raides dans votre lente agonie, dignes der-rière vos larmes. De ma cellule j'ai entendu votre murmure qui a couru dans tout le camp : "Ils vont tuer Mala la Belge !". Oh ! Mes chères sœurs de souffrance, quelle douleur pour moi de voir vos visages émaciés, vos crânes rasés, vos corps angu-leux oscillant de fatigue et de faim sous la première bise de septembre ! Merci à toi qui m'a ramené du Canada1 la lame que je cache dans la chevelure qu'ils ont oublié de raser.  Merci à toi qui a "organisé" ce bout de pain moisi, au prix de ta vie et qui me soutient jusqu'au pied de cette potence !

    Pardonnez-moi mes sœurs d'infortune qui avez cru que j'étais une "proemi-nente" parmi les autres détenues. Que de remords devant mes vêtements civils et ma bonne santé alors que je vous croisais, pauvres "mannequins nus", décharnés, terrassées par le typhus ou la dysenterie, vos mollets ou vos ventres déchirés par les morsures de leurs chiens.
    Remords de ne pas avoir pu vous affecter toutes à un meilleur Kommando, remords de refuser l'accès au Revier où on soigne par la mort au formol, remords de ne pas avoir pu voler les documents qui auraient prouver au monde que l'Enfer c'est ici !

    Je suis enfin au pied de la potence, du gibet que l'on réserve aux criminels les plus vils. Ils énumèrent mes nombreux crimes contre le Reich, il y a un flotte-ment. Je sors la lame cachée dans mes cheveux et je me taillade les poignets profondément. Ô Dieu ! Faites que je meurs vite ! Faites que je leur confisque leur simulacre de justice ! Faites que mes compagnes, par ce geste ultime, retrouvent un peu d'elles-mêmes pour combattre ces monstres !
    Pour témoigner !
    Tout va si vite ! Ruiters se jette sur moi pour me retirer la lame des mains et en un dernier geste de fierté je le gifle ! Le sang dessine une arabesque, son visage en est maculé ! Le seul sang que ce lâche verra de toute cette guerre !

    Dans ce monde ubuesque, on me met sur une civière et on m'emmène au Revier... pour soigner mon hémorragie ! On me tuera en bonne santé ! Mais non ! Je suis un mauvais exemple pour les prisonnières et on me tuera en cati-mini à l'entrée des fours crématoires. Mais dans les yeux des derniers qui me voient passer, brille une lueur nouvelle, celle de l'espoir.

    J'avance, seule face à l'inconnu, sans peur, mais pleine de remords

     1 : Kanada ou Canada : vaste entrepôt où étaient collectés tous les biens ramassés sur la rampe de tri à l'arrivée des convois, après la "sélection".
    Les déportés triaient ce qui arrivait sous l'œil vigilant des SS.
    C'était une vraie zone de trafic qui fit la fortune de certains gardes mais qui permit aussi aux déportés "d'organiser" des vêtements chauds, des médi-caments qui sauvèrent la vie de nombreux déportés.

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Août à 17:48

    Je sens un frisson qui parcoure mon dos à l'évocation de ces horreurs. 

    Ne pas faiblir, ne pas montrer sa peur quel courage !

    Bonne fin de semaine.

      • Vendredi 28 Août à 17:59

        L'image de cette femme me hante depuis que j'ai 14 ans... une figure des camps de femmes

        J'ai lu de nombreux témoignages la concernant et ils sont unanimes...

        Merci de ta fidélité
        Bisous

    2
    Samedi 29 Août à 08:57

    J'ai connu un vieux monsieur revenu de ces camps et même 15, 18 ans après son retour, il était toujours aussi décharné, il n'arrivait pas à remonter la pente. Comment y arriver quand on a vu l'horreur et que la peur fait partie de tous les instants ! 

    bisous ma belle ! et bravo pour cet hommage ! Il ne faut pas oublier !

    3
    Samedi 29 Août à 18:39

    Bon jour,

    Un écrit qui puise directement dans l'encre des camps... l'homme invente l'horreur et l'humain essaye de survivre ...

    Max-Louis

    4
    Lundi 31 Août à 10:41

    Bonjour

    bravo pour ce texte plein d’émotion et un moment de cette histoire de l'extermination de peuples par les nazis

    c'est bien détaillé et bien sombre, triste

    mais c'est le reflet de ce que beaucoup ont vécu dans l'horreur de ce temps des mauvais germains

    5
    Vendredi 18 Septembre à 13:40

    Un rappel sinistre de ce que l'homme peut arriver à faire lorsqu'il est en meute. Nous nous félicitons de ne pas avoir été ces monstres... et pourtant... Quand j'entends aujourd'hui les négationnistes, les antisémites et les racistes de tous poils, je crains que ces horreurs puissent reprendre. Fasse le ciel que nous n'oublions jamais, pour ne jamais reproduire ces horreurs. Texte magnifique que je salue. Bisous

      • Vendredi 18 Septembre à 14:22

        Malheureusement elles n'ont pas cessé, elles continuent avec un autre visage.

        Il suffit de penser au sort qui est actuellement fait au Ouighoursdans un silence assez assourdissant.

        Mon texte est avant tout un hommage à cette femme qui est devenue un emblème pour les déportés.

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