• Atelier 13, suj. 8 : (Maridan) Moi Hermione

    Le sujet 8 : "Vous êtes l'animal que vous voulez. Qu'allez-vous faire aujourd'hui. Racontez vos sensations, vos expériences et qu'en retirerez-vous au final ?"

     

     

    Moi, Hermione

     Ah bravo ! Quelle idée ! J'ai voulu frimer devant mes enfants en jouant Jane la Tarzane dans les arbres et me voici devant le lit, déguisée en accent circonflexe et me demandant comment me coucher sans perdre toute dignité devant mon mari et ma chatte Hermione. Si je gère mon cher et tendre, il en va tout autrement de ma chatte dont je sens le regard matois derrière ses paupières à demi closes. Mon mari la chasse sans ménagement et elle quitte la chambre, la queue dressée d'indignation et l'arrière-train irrévérencieux. Avant de sortir, elle me décoche un regard presque moqueur.
    Après moult contorsions et des onomatopées imprononçables, je plonge dans le sommeil en me disant que ce sera passé au réveil.

    Hermione, Patoche et IlonaJe ne suis pas encore tout à fait remontée à la surface de ma conscience mais je sais déjà que la douleur a disparu. J'en suis ravie et je ronronne de joie. Je vais pour me retourner mais quelque chose me bloque. J'ouvre les yeux et... Mais que fais-je couchée en boule dans le creux des genoux de mon mari !?! Je me redresse et instinctivement je m'étire en plantant mes griffes dans le gras de sa cuisse. Il hurle. On dirait une sirène et mes oreilles se couchent pour échapper à cette monstruosité sonore ! Je saute du lit en catastrophe.
    Oui ! vous avez bien lu ! je saute du lit pour atterrir sur la moquette où je m'étire à nouveau en haussant mon arrière-train et en griffant le sol !
    Je regarde alentours avec stupeur : j'avais passé un temps fou à la décoration de ma maison et là je découvre, une chambre aux teints pisseux jaunâtres, bleuâtres et verdâtres, et aux contours pas très nets. Une horreur ! Je ne sais pas ce qui se passe mais je dois en avoir le cœur net.
    Je fonce jusqu'à mon armoire pour voir dans le miroir si je peux trouver une réponse. Oh non !!! Face à moi je distingue Hermione ! Je me rapproche pour m'assurer que je ne rêve pas mais mon "visage" devient flou. Je recule et la réalité se fait plus nette : je suis enfermée dans le corps de ma chatte mais avec mes pensées de femme ! Mon esprit a encore du mal à concevoir l'inconcevable mais mon corps me rappelle qu'il a des impératifs matinaux.

    Je file aux toilettes et je découvre que si mes jambes ou plutôt mes pattes ont perdu en hauteur, elles ont gagné en efficacité ! Je comprends mieux ce que signifie "aller ventre à terre" ! Zut ! Occupé ! Luc squatte les lieux pour lire tranquillement ses mangas ! Je tire un peu la porte mais vlan ! Il me chasse d'un petit coup de pied ! Je file vers le bac habituellement réservé à Hermione. Pfiou ! Les odeurs m'agressent. Il va falloir que je dise deux mots à ma fille Patricia qui est en charge de la litière ! Tant pis ! Même si je rêve d'aller me venger sur la moquette, je suis trop pressée ! Ma petite affaire terminée, je manifeste ma mauvaise humeur en éparpillant les graviers le plus loin possible du bac. Et toc ! Je boirais bien un petit café moi.

    HermioneLe cœur léger, j'arrive dans la cuisine et je lance un bonjour plein de bonne humeur à la cantonade. En réalité j'émets un miaulement pitoyable. Que voulez-vous, je n'ai pas eu le temps de travailler ma voix ! Sympa ! On m'ignore superbement ! Oh mais ça ne va pas se passer comme ça ! Je plante mes griffes dans le jean "grunge" de Patricia, un trou de plus ou de moins, on n'est pas à ça près ! Paf ! Une baffe ! Mais je sens qu'il se trame quelque chose de sérieux : j'ai disparu ! Ma chère petite famille s'inquiète, ce qui me met en joie. Ainsi donc, ils m'aiment !
    Je saute sur la table et je viens me frotter amoureusement sur le bras de mon cher et tendre qui me vire d'une nouvelle taloche. Je tombe de la table et je flippe : je vais me briser la nuque, c'est sûr ! Mais non ! Tout mon corps opère une torsion et je retombe sur mes pattes. La cuisine ressemble à la cour du roi Pétaud ! Je n'avais jamais remarqué à quel point nous étions bruyants. Du coup je file dans la salle de bains pour faire ma toilette. Zut ! Oublie le gel douche ma fille ! A la guerre comme à la guerre ! Je me cale sur mon arrière-train et je commence à lécher mon poil tigré. Scriiitch ! Scriiitch ! Scriiitch ! Bien écarter les coussinets, nettoyer les griffes, passer derrière les oreilles... voilà ! Tu oublies la toilette intime ! Ah non ! Non et non ! Je veux bien tout ce qu'on veut mais il est hors de question que je lèche LÀ ! Bon, puisqu'il faut en passer par là, peux-tu te retourner cher lecteur ? J'ai encore ma pudeur de femme.

    Toute honte bue, pimpante et le poil bien lisse, je retourne à la cuisine où commence à régner un vent de panique. Quand je redeviendrai moi-même, il va falloir que je trouve une sacrée explication ! Pour le moment je suis Hermione, une chatte affamée et faute d'une bonne tartine je vais devoir me contenter de croquettes. Beurk ! Mais la gamelle est désespérément vide. Je prends mon air le plus triste pour réclamer ma pitance, car je découvre qu'en tant que chat je peux jouer sur mes expressions. Je miaule à fendre l'âme ce qui visiblement n'intéresse personne. En rogne contre Patricia qui une fois de plus n'a pas rempli ses obligations, je balance un coup de patte rageur dans ma petite gamelle. Enfin ! On s'intéresse à moi ! Ma fille se lève, exaspérée, et me verse une poignée de croquettes non sans me lâcher : "Hermione tu fais chier !". Attends ma fille que je redevienne ta mère ! Pour le moment je n'ai qu'une idée : manger ! Hmmm ! Ce n'est pas si mauvais que ça. Une fois mon repas terminé, je gratte autour de mon écuelle pour que mes petits coussinets laissent une trace odoriférante afin qu'on ne me pique pas mon festin.

    Hermione et sa fille PatocheRien de telle qu'une bonne sieste après un repas car toutes ces émotions m'ont fatiguée. Je cherche un coin peinard où je n'entendrai plus leurs jérémiades et j'opte pour la buanderie où personne ne se rend jamais à part moi. Le panier à linge sale me parait un bon coin pour une sieste confortable. Mon odorat m'alerte. Il y a une autre chat ici ! Prête à bouter le squatter hors de mon territoire, je saute dans le panier et je me retrouve nez à nez avec... Hermione ! Je fais une chose incroyable pour une femme bien éduquée : je lui flaire l'arrière-train puis je viens frotter mon museau contre le sien. Après ces civilités d'usage entre chats bien élevés, il va falloir passer aux explications !

    - Alors ? Cette matinée ? me demande-t-elle en se fichant de moi
    - Un enfer ! Je lui raconte mes aventures qu'elle écoute les pattes repliées sous elle, signe qu'elle est parfaitement contente d'elle-même !
    - On est seulement au début de la journée, tu en as encore jusqu'à ce soir.
    - Ah non ! Elle ferme à moitié ses paupières sur ses yeux verts, amusée. Est-ce à toi que je dois ça ?
    - Oui, j'ai voulu que tu comprennes mon quotidien car vous, les humains, vous avez un peu trop tendance à vous la péter en oubliant que nous, animaux, sommes doués de sentiments. Cette journée résume ce que je vis trois cent soixante cinq jours par an, à subir vos humeurs, à devoir demander une caisse propre ou à manger.
    - Juste un détail, comment vais-je expliquer mon absence ?
    - Ne t'inquiète pas pour ça car tu seras la seule à te rappeler cette journée et demain matin tu te réveilleras dans ta peau humaine, mais sans le mal de dos.
    Nous nous emboîtons pour un sommeil bien mérité. Je passerai le reste de la journée près d'elle avec de rares incursions parmi les miens que je trouve décidément trop agités, uniquement pour mes besoins essentiels.

    Lisa, Hermione et IlonaJe me réveille lentement, Hermione blottie dans le creux de mon ventre. Je sens la vibration de son ronronnement dans tout mon corps, je me sens bien. Mais la voix de mon mari tonne "Vire cette bestiole du lit ! Elle n'a rien à faire là !". Je ne daigne même pas me retourner tandis qu'Hermione, les yeux à présent grand ouverts, me fixe en attendant ma réaction. Je me contente d'un laconique "La ferme !". Stupéfait, il a l'expression stupide du poisson rouge qu'on sort du bocal. Je me lève et pars vers la cuisine où mes enfants sont très occupés à se chamailler. Hermione ne me lâche pas d'un coussinet et elle se plante devant sa gamelle vide. J'interromps Patricia qui, de très mauvaise grâce, se lève pour nourrir la chatte. Je me sers un café puis je demande à ma fille :
    - Tu as nettoyé le bac d'Hermione ?
    - Oui, je l'ai fait avant-hier, m'assure-t-elle avec aplomb.
    - Je déteste qu'on me mente Pat. Hier il était dégueulasse alors tu le nettoies dès que tu as fini de déjeuner.
    - Oh ça va ! C'est bon !
    - Non ! ce n'est pas bon ! Tu as voulu un chat, tu t'en occupes, c'est un être sensible. Et désormais je te retiendrai un tiers de ton argent de poche quand tu ne respecteras pas ton animal ! Et je ne veux aucun commentaire, sinon c'est la moitié !

    Hermione a-t-elle compris ? Je pense que oui car elle saute sur mes genoux et me gratifie d'un coup de langue râpeux sur le bout du nez.

     

    Hermione, Patoche et Ilona

    « 1984 - George OrwellAteliers 132 (Ghislaine) ; 5 K »

  • Commentaires

    1
    Maridan
    Lundi 7 Septembre à 18:35
    Bravo à toi pour ce texte criant de vérité. Je crois que tu as dû être un chat dans une vie antérieure. Un grand bravo pour ce très bon moment de lecture. Bisous
    2
    Mardi 8 Septembre à 08:59

    ღ Bonjour 

    ღ Mon passage sur ton blog

    ღ Pour embellir ta journée

    ღ Où les mots ne sont que douceur

    ღ Quelques mots de bonheur

    ღ Pour une douce journée en couleur

    ღ Je te souhaite un agréable MARDI

    ღ Amitié pour ce joli texte 

    3
    Mardi 8 Septembre à 10:05

    Bonjour

    superbe texte et belle imagination

    merci pour ce reve felin admirable

    vive les chats ah ah ah

    4
    Jeudi 10 Septembre à 10:26

    Ah j'ai aimé ce texte une vérité tellement évidente ! tu t'es mis dans la peau de cette petite chatte adorable à croire que tu as des descendances matous !! j'aime beaucoup ce côté humour que tu apportes à ton écrit.. bravo à toi!! je me suis régalée.. c'est vrai que j'aime les chats sur mon blog je mets beaucoup d'articles sur eux.. J'ai un petit York qui va sur ses 12 ans et je sais pas si je prenais un petit chat comment ça ce passerait bien à la maison? En tout cas  Merci! pour cette belle lecture. Passe une bonne journée en ce Jeudi.. Bisous. Chrys.

    5
    Samedi 19 Septembre à 00:44

    Wouahhhh ! Excellent !

    J'étais totalement dans le corps de cette chatte !... et je ne pouvais m'empêcher de faire un transfert avec celui de ma chatte Tigrette.

    Quelle bonne connaissance et observation de nos chers matous !

    Ce texte est fabuleux de réalisme sur les bonnes ou mauvaises habitudes des maîtres et de leurs animaux. Sans omettre de signaler le ton d'humour qui nous accroche jusqu'à la fin, avec une prise de conscience qu'il serait souhaitable de garder à l'esprit dans notre quotidien.

    Bon, ici, Tigrette c'est la reine ! C'est plutôt elle qui nous ferait tourner en bourrique... mais on l'adore !

    Un vrai régal à lire ! Bravo pour ce morceau de choix, Pixellie.

    Bisous

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